No straight behaviour doesn't mean destructive options

La réalité 'down the street', la jungle banlieusarde à Berlin, Londres, Bruxelles, les ‘cartons’ médiatiques dans la mode, le trash, le rock and roll '>sexy oriented', le tag, les magazines sur fond de star system, c’est là où ça se passe, là où l’intensité d’un idéal saisi d’impossible se réalise (1). A cela, Bouvy et Gillis se collent et se cognent, écartant le cocooning conservateur qui plonge dans la somnolence, préférant jeter sur le papier, la toile, le 'video screen', tout ce qui transpire d’une culture populaire 'fashion' qui les a affecté, qui les a fait rire ou pleurer (bander ou chier). Vifs sur toute situation qui génère du pathos, ils réinjectent le sentiment positif/négatif là où il s’est affadi (dans les musées). Ils remettent la tension à fleur de ‘tableau’ (quand elle ne courrait plus que dans les salles de vente). En deux mots, ils raniment le trauma avec une dose 'hyper' déstabilisante contredite par l’union. Au cœur de cette question se meut leur art. A l’espace A4 au Bozar (2), le visiteur est plongé dans la pénombre dès l’abord du petit salon Victor Horta aménagé par Bouvy et Gillis mi feutré, mi glamour avant de pénétrer le sombre couloir (ou le trou) qui mène au sarcophage du pharaon supposé et de sa souveraine, simulé par une construction 'cheap' élevant deux trônes, rose et bleu pâle, pour le féminin et le masculin d’un mobilier repris au designer flamand Pieter De Bruyne, féru d’égyptologie. La progression est ponctuée de dessins à l’encre de Chine (type actionnistes viennois), de larges peintures psychédéliques (contribution du tagueur Frédéric Platéus), de diptyques imagés d’une guitare (dont celle en contre-plongée selon le Christ mort de Mantegna), de portraits décalés en rasta jamaïcain (avec ombres schématisées à la Magritte) ou en masque de Toutankhamon (par collage, toutes impressions dorées confondues). Le mélange des styles (déjà vu) happés de tous bords atteint son paroxysme. L’œuvre populaire pourtant formaliste, joue le composite perturbateur autant qu’elle abonde en fantasme. Elle accuse un 'revival' de la peinture emprunt de désir collectif et volontiers asymétrique. En ce sens, les anneaux argentés surdimensionnés montés sur socle, instituent l’alliance comme pôle d’attraction qui adoucirait les mœurs comme il agite le tempérament ici créateur (plutôt que destructeur) à travers la confrontation transgressée mais au préalable contraignante, y compris violente. L’union fait la force, dit la devise belge, pas pour l’assimilation du pareil au même à suivre Bouvy et Gillis, qui actent de la diversité des genres ET des personnes, de l’incomplétude de la condition humaine, d’où sa propension à tendre à l’unité, pour quand même tomber sur l’écueil de la mésentente (ou du 'misunderstanding'), vecteur qui agit au final comme stimulus. A vouloir s’assembler, les deux anneaux géométrisés sur la toile cosmique, pleurent ou éjaculent, à valeur égale. C’est-à-dire qu’ils accusent une tentative inassouvie, toujours à réactiver de l’impossible rencontre - avec l’œuvre d’art aussi bien qui échappe à force de tant de déviances. Et captive.

(1) tiré de Robert Garnett in: ‘Perry-ism ­ Aline Bouvy/John Gillis’, éd. Revolver , 2005, Francfort
(2) Palais des Beaux-Arts de Bruxelles dont l’espace A4 en collaboration avec B.P.S. 22 (Charleroi) a été dédié à la jeune création et a programmé sous le commissariat de Sonia Dermience: Annick Lizein, 'Swing' et Aline Bouvy/John Gillis, 'Acid On My Sphinx' (mars-avril’06)
Isabelle de Visscher-Lemaître