| 2007 Interview by Andrew Hunt 2006 Another drenched night at the Pagano Club /// No straight behaviour doesn't mean destructive options /// Salon de musique 2005 Sonia Versace /// Art out of fashion /// Perry-ism 2001 Ghosts and Fictions |
|
Salon de musique
Après Raphaël van Lerberghe et ses 'documents de travail', c’est au tour d’Annick Lizein et du duo Aline Bouvy / John Gillis d’occuper l’espace dédié au projet 'A4' dans les salles laissées vacantes du Palais des Beaux-Arts. En intitulant son exposition 'Salon de musique', la commissaire, Sonia Dermience, souligne ce qu’elle à perçu comme une caractéristique commune au travail des trois artistes, la possibilité de projection du regardeur dans un ailleurs, un espace fictif semblable à celui que procure l’expérience musicale. Mais le salon n’est-il pas aussi le lieu où l’on cause? Le débat tourne ici davantage autour des arts plastiques que de la musique. Le statut de la peinture est au centre des conversations: s’il ne fait aucun doute que les préoccupations d’Annick Lizein sont exclusivement centrées sur la pratique picturale, les motivations qui poussent Aline Bouvy et John Gillis à se tourner vers ce médium sont moins évidentes. De leur premier grand projet commun ('To a severe mathematics', 2001), l’on retient l’aspect multiforme. Les artistes se sont inspirés de 'La Maison du Jeune Homme', un projet d’espace d'habitation idéal présenté par Charlotte Perriand, René Herbst, Louis Sognot, Le Corbusier et Pierre Jeanneret à l’Exposition internationale de Bruxelles en 1935. L’installation développe de manière complexe une réflexion sur les codes de la mode, de la publicité et de l’histoire de l’art, où Harald Szeeman devant un bol de soupe croise Fernand Léger (une fresque de ce dernier apparaît dans 'La maison du jeune homme'), Allen Jones ou encore un mannequin posant pour des sous-vêtements Hugo Boss. Le projet est résumé dans une affiche très élaborée, qui explicite l’intérêt de Aline Bouvy et John Gillis pour la transposition graphique de leurs travaux les plus conceptuels. On le retrouve dans les nombreux dessins, photographies retouchées ou films d’animation qu’ils produisent. L’un de ceux-ci, réalisé au départ de collages, a par la suite fait l’objet d’un 'flip book', et s’inscrit dans la lignée d’un porno chic léger et très tendance. Aussi la peinture n’est-elle pour eux qu’un moyen parmi d’autres pour élaborer leur projet global. Cette démarche n’est pas incompatible avec un réel intérêt porté à l’art conceptuel: en 1977, Mel Ramsden et Michael Baldwin, derniers membres actifs de Art & Language, opéraient un retour vers la peinture de chevalet, sans renier les premières expériences du groupe. Leurs toiles, à la limite du décoratif, sont d’abord l’expression d’idées. Et comme le soulignait Michael Ramsden dans un entretien à l’occasion d’une exposition bruxelloise en 1996: 'notre travail s’adresse à ceux qui sont prêts à faire l’effort de le comprendre'. Bien que leurs préoccupations soient aux antipodes de celles de Art & Language, Aline Bouvy et John Gillis conçoivent, eux aussi, leurs tableaux comme des supports à leurs concepts. Ainsi, pour évoquer le personnage fictif de Sonia Versace lors de leur récente exposition à la galerie Kuttner Siebert (Berlin, novembre 2005), la peinture s’est imposée comme le médium le plus approprié. Le style importe peu, et l’on retrouve convoqués pêle-mêle Marcel Duchamp, le graph ou encore Jonathan Meese à l’égard duquel les deux artistes se défendent de pratiquer la moindre ironie. Leur dernière publication, 'Perry-ism' (2005), répertorie des œuvres réalisées à l’aide d’une grande variété de média. Seul compte vraiment le fond, un questionnement sur le bon ou le mauvais goût (en l’occurrence: l’évolution de la marque emblématique Fred Perry), qui s’applique tant au domaine de la mode qu’à celui de l’art. L’objet lui-même est 'chav' du surnom de ces jeunes banlieusards anglais soumis à un 'dress code' très spécifique , avec ses dorures et sa couverture peau de pêche évoquant des survêtements de sport d’un type bien particulier. Leur projet d’installation pour 'A4' s’inscrit dans la même lignée: une peinture à la fois motif et décor, sans style prédéfini, où des meubles et instruments de musique en trompe-l’œil répondent aux objets réels placés en regard. Un dispositif tautologique, où Joseph Kosuth rencontre le néo-expressionnisme. (…) Pierre-Yves Desaive |